Les paysages, faune et flore

La Végétation de la Plaine Côtière

 

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Sur la plaine côtière récente, formée de sédiments marins, se développent plusieurs formations végétales.

La mangrove côtière, dont l’importance et la localisation varie au cours des ans en fonction du déplacement d’Est en Ouest des bancs de vase, poussées par le courant Nord équatorial, est une forêt « mobile » inondée à chaque marée haute.
Elle est formée presque exclusivement de palétuviers blancs et, en front de mer, de palétuviers gris.

Plus en retrait, le long des fleuves, on observe la mangrove d’estuaire essentiellement formée de palétuviers rouges reconnaissable à leurs longues racines-échasses qui forment un enchevêtrement d’arceaux inextricables.

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Au fur et à mesure que l’on s’éloigne du littoral, la mangrove d’estuaire s’enrichit progressivement d’espèces d’eau douce qui se mêlent aux palétuviers.
On y remarque en particulier, les spectaculaires contreforts ondulés et ramifiés des Moutouchi-Rivière et les colonnes majestueuses formées par les troncs des Palmiers-Bâches.

Les marais sublittoraux se situent en retrait de la mangrove. Ils se forment de grandes étendues principalement à l’Est de Cayenne (pleine de Kaw et Pointe Béhague). Ils sont le plus souvent constitués d’une végétation herbacée, mélangée à de la tourbe, flottant sur une épaisseur d’eau pouvant atteindre plusieurs mètres et qui peut généralement supporter le poids d’un homme.

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Cette végétation flottante oscille légèrement lorsque l’on marche dessus, d’où le nom local de « savanes tremblantes ». Leur flore est dominée par des cyperacées, des fougères et certaines espèces bien caractéristiques comme le Moucou-Moucou aux grandes feuilles sagittées qui formes des peuplements denses de 2 à 3 mètres de haut.
Beaucoup de marais sont parsemés d’arbustes, pruniers ou zicaques et, parfois de palmiers-bâches.

Enfin, par endroits, les formations herbacées cèdent la place à de vastes forêts marécageuses dominées par le palmier Pinot, localement appelées  » pinotières « .
D’autres arbres, typiquement inféodés à ce milieu, se mêlent aux Pinots : le Yayamadou-marécage dont la sève rouge a des propriété hallucinogènes et le Manil qui possède des racines respiratoires aériennes (pneumatophores), en forme de petits arceaux émergeant de la boue, qui entravent la marche.

Dans la plaine côtière ancienne, on observe des forêts à caractère marécageux et riches en palmiers, en particulier des Maripas, sur les affleurements argileux ou, au contraire, à caractère plus sec sur les sédiments sableux.

C’est aussi la zone des savanes, vastes étendues de petites touffes d’herbes parsemées d’arbrisseaux nains aux feuilles duveteuses, les « zoreilles d’ânes ». Des galeries de palmiers-bâches jalonnent le cours des ruisseaux tandis que, dans les bosquets isolés sur sols sableux, poussent le palmier épineux Awara et le Grand Balourou. Les savanes côtières, situées en bordure de la route nationale 1, sont malheureusement régulièrement incendiées chaque année à la saison sèche, ce qui modifie et appauvrit sensiblement leur composition floristique.

La forêt guyanaise

 

Un écosystème complexe, riche mais fragile

Si, dans les pays tempérés, presque tous les arbres perdent leurs feuilles pendant la saison froide, l’uniformité du climat équatorial auquel est soumise la Guyane n’impose aucune contrainte thermique ou hydrique à la forêt, où chaque essence conserve son rythme propre de feuillaison et de défeuillaison. C’est pourquoi, à une même saison, on peut voir des arbres dénudés, d’autres couverts de jeunes feuilles vert tendre, d’autres en fleurs, d’autres enfin, la majorité, nantis de leur épais feuillage vert sombre.
C’est encore l’absence de contraintes écologiques qui favorise la grande diversité spécifique de la forêt humide sempervirente où seule la compétition entre en jeu.

Selon les estimations les plus récentes, on recense en Guyane près de 5000 espèces végétales vasculaires, dont plus d’un millier sont des arbres.
La forêt a une voûte dont la hauteur varie de 20 à 40 m, avec certains arbres émergeants qui atteigne 50 m, voire 60 m. Les fûts sont élancés, souvent pourvus à la base de contreforts ( ou « acabas »), qui améliorent leur stabilités.
Les légumineuses au sens large (mimosacées, césalpiniacées et papillonacées) occupent la première place et sont représentées par de nombreuses espèces comme l’Angèlique, très belle essence dont le bois est largement exploité; le Bois Violet ou Amarante, apprécié en menuiserie pour sa belle couleur; le Wacapou et la Bocco ou Bois-Fer, tous deux à la croissance très lente mais au bois extrêmement dur, et bien d’autres encore.

Les Lécythidacées sont connus pour produire des fruits en formes de récipients munis d’un couvercle qui se détache à maturité et libère les graines. Lorsqu’ils ont la forme de petites marmites aux parois épaisses, ce sont des Canari-Macaques. S’ils sont allongés en forme de tubes aux parois minces se sont des Mahots-Cigares.

Les Lauracées sont généralement appelées « cèdres » bien que sans rapport avec le conifère du même nom.
Leur bois dur et odorant est employé pour de mutiples usages.
L’espèce la plus connue est le Bois de Rose, longtemps exploité pour la fabrication de parfums. Quant aux rosacées, ce sont les « gaulettes » des Guyanais dont le bois fendif sert à faire des lattes qui, une fois tressées, sont utilisées pour la confection des « murs » de cases rustiques.

Il existe de nombreux arbres qui une fois blessés exsudent un latex blanc ou jaune abondant. Ce sont généralement des clusiacées, des apocynacées ou des sapotacées. Parmi ces dernières, l’essence la plus connue est le Balata, exploité autrefois comme succédané du caoutchouc. De nombreux arbres saignés dans le passé portent encore aujourd’hui des séries de cicatrices obliques le long de leur tronc.

Si les arbres constituent le « squelette » de la forêt, ils ne sont cependant pas majoritaires en nombre d’espèces. Ils servent de support à de puissantes lianes épanouies dans la voûte, comme les Echelles-Tortues qui forment de longs rubans ondulés.

Les arbres les plus âgés portent aussi de nombreuses plantes épiphytes qui poussent sur les branches maîtresses afin de bénéficier d’une quantité de lumière suffisante à leurs besoins.
Ce sont les orchidées (plus de 500 espèces), les aracées (Philodendron et Anthurium en particulier) et les broméliacées (famille de l’ananas), pour ne citer que les familles les plus importantes.

Enfin, le sous-bois est occupé par des arbustes et des arbrisseaux typiquement inféodés à ce milieu. Ils appartiennent majoritairement aux famille suivantes : rubiacées, mélastomatacées, pipéracées (famille du poivre).
Le sous-bois est par endroits envahi de palmiers épineux comme le Counana et le Moucou-moucou. Les plantes herbacées sont nombreuses en raison du faible éclairement et se concentrent au niveau des trouées lumineuses. Ce sont le plus fréquemment des Balisiers aux inflorescences dressées et spectaculaires par leurs bractées rouges vif, des marantacées, des zingibéracées ou gingembres sauvages aux rhizomes fortement parfumés.

Les différents types forestiers

 

Dans le Nord-Ouest de la Guyane, entre Iracoubo et St-Jean, le socle est recouvert de sédiments dont les sols parfois très « lessivés » forment les sables blancs.
Les arbres y sont moins élevés et la forêt comporte quelques éléments particuliers à ce milieu. Partout ailleurs les sols rouges, riches en oxyde de fer prédominent.

Les forêts de terre fermes sur sols argilo-sableux qui couvrent les pentes et les crêtes sont, de loin, les plus répandues et les plus riches en nombre d’espèces. Elles ont cependant un aspect relativement uniforme et il est plus difficile de distinguer les variations subtiles dans la flore et la végétation selon la nature des substrats que selon le drainage.
En règle générale, les forêts sur socle formé de roches basiques sont plus riches et plus hautes que celles qui poussent sur les roches cristallines comme le granite. Les bas-fonds sont occupés par des forêts marécageuses rappelant les pinotières de la plaine côtière tant par leur physionomie que par leur composition floristique.

On observe le long des cours d’eau une frange de forêt ripicole où certains arbres sont particulièrement fréquents comme le Cacao-Rivière et surtout le Wapa, reconnaissable à ses gousses plates en formes de faucille, pendant à l’extrémité de longs pédoncules.

Sur les roches basiques éruptives (gabbros, « roches vertes »), d’épaisses cuirasses latéritiques se sont formées dans des conditions climatiques différentes de celles qui règnent actuellement.
Il en reste quelques reliques formant des buttes-témoin, tabulaires, protégées de l’érosion par leur cuirasse sommitale recouverte d’une forêt basse, broussailleuse et riche en lianes. Ce sont par exemple, dans la zone côtière, le plateau du Mahury et la montagne de Kaw.
C’est à cette même unité géomorphologique qu’appartiennent les grands massifs tabulaires du centre de la Guyane, culminant entre 500 et 830 m.
A ces altitudes, malgré tout relativement modestes, la forêt de plaine cède progressivement la place à la forêt submontagnarde à nuages caractérisée par des modifications dans sa composition floristique (abondance des fougères arborescentes) et par son aspect particulier. La persistance des brouillards entraîne une humidité permanente favorisant la prolifération des mousses et des plantes épiphytes qui forment des draperies et des guirlandes sur les branches et des manchons le long des troncs.

Enfin, les rares endroits de l’intérieur de la Guyane qui ne sont pas recouverts de forêt sont des savanes-roches, dalles granitiques des inselbergs, souvent aux fortes pentes, et dont la végétation basse et discontinue est constituée de plantes bien adaptées à la sécheresse de ces sites : orchidées, broméliacées.
Plus accessibles sont les rochers des sauts qui barrent les fleuves au niveau des rapides. Ces sites qui constituent généralement de sérieux obstacles pour le passage des pirogues, sont par contre très appréciés pour la beauté des paysages qu’ils offrent surtout en début de saison sèche lorsque fleurissent les « Salades-Coumarous  » qui recouvrent les rochers. A cette époque, entre les îlots bordés de plages de sable blanc, leurs magnifiques inflorescences roses se dressent par centaines au milieu des eaux écumantes.
(J.J de Granville)

La Faune

 

La diversité de la faune est à la hauteur de ce monde tridimensionnel que représentent les strates forestières, les rivières et les estuaires. L’énumération du nombre d’espèces suffira à en témoigner.

   – Plus de 30 000 espèces d’insectes et de nombreux sont découverts chaque année.

– Plus de 730 espèces d’oiseaux.

– Environ 430 espèces de poissons.

– 188 espèces de mammifères.

– 187 espèces de reptiles.

– Plus de 110 espèces d’amphibiens.